I - MARINS  &  MATELOTS

Seuls les Gardes Suisses et les laquais avaient un uniforme.
Sous le règne de Louis XIII, les gardes de Richelieu étaient vêtus d'un pourpoint cramoisi et les Mousquetaires du Roy parfois d'un pourpoint bleu ; ces personnages devaient acheter de leurs écus leur costume.

- Et les marins ?
Les Matelots n'étaient généralement pas pourvus d'un uniforme (sauf dans certaines occasions particulières).
Les Officiers devaient normalement porter un uniforme dont la composition était fixée par un règlement. Sans chercher très loin dans le temps, la consultation de l'ordonnance du 1er janvier 1786 fixe l'uniforme des officiers de vaisseau ainsi que la couleur des collets de l'habit selon les différentes escadres.
Bien sûr, les costumes étaient plus ou moins appropriés au travail, mais ils portaient le plus souvent leurs effets personnels : généralement une longue jacquette faite de tissu grossier de couleur brune, et une culotte bouffante, parfois rayée.
Et il y a toujours une mode ... la longue ceinture de couleur vive qui fut l'apanage sous le règne de Louis XIV.
Quant aux chaussures, ils n'en portaient pas, que nenni ! Elles étaient trop chères ...

- Leur coiffure ?
Un bonnet, un simple bonnet de laine rouge ou bleu.

- Vers quelle époque apparaît l'uniforme ?
Elle est imprécise. Les premiers règlements furent mis en circulation au début du règne de Louis XVI.
Le règlement sur l'ordre, la propreté et la salubrité à maintenir à bord des vaisseaux qui fixe dans l'article 36 "les hardes" dont doivent être pourvus les marins date du 1er janvier 1786.
En dehors des effets figurant dans cet article, "le reste de leur habillement sera laissé à leur volonté".
Les marins de Louis XV portaient un semblant d'uniforme.

- Ah oui, je m'en souviens ! Mais il avait l'apparence d'un costume civil.
C'est exact. Il était en effet composé d'un caban de drap à boutons de cuivre, d'un large pantalon de même étoffe et d'un grand chapeau à bord relevé.
C'est à cette époque qu'apparut vraisemblablement, dans la Marine, la longue pique. (connue sous le nom de Hallebarde).


- Quels changements pour nos matelots après la Révolution Française ?
Avant même que le décret du 15 Floréal de l'an XII (1804) ne fusse mis en application, le matelot du Vengeur ou de L'Orient ou de quelqu'autre bâtiment portait une veste courte, un pantalon blanc strié de bleu, un gilet de couleur rouge et, en guise de coiffure un chapeau plat à petit bord orné d'une ancre de métal et d'un ruban flottant.
Et comble de raffinement, les boutons sont à ancre croisée de deux sabres et, sous le col généralement grand ouvert, il noue une cravate noire.

- La cravate ?
Ah oui, la cravate ! Ô, combien prétendent que la Marine Française la porte depuis Trafalgar, de même que les Anglais qui y avaient perdu Nelson... En fait, cela n'a rien de commun. Mais après tout, préférons une noble légende plutôt qu'une réalité par trop matérialiste.

- Mais l'an XII, c'est 1804, c'est à dire l'Empire !
L'Empire (l'Abeille) grandit et, avec elle, la coiffure et la rigidité de l'uniforme.
Le matelot est engoncé dans un paletot à haut col, porte un pantalon bleu (en mer), blanc (à terre), de coupe uniforme avec filet rouge, et un chapeau verni dit à la Matelote.
Il est de plus, nanti du fusil et de la baïonnette, de la giberne et de la banderole à buffleterie blanche.

- Pourquoi donc un col si dur ?
Simplement pour reconnaître les spécialités. Prenons quelques exemples :
  • les Gabiers avaient un col bleu national.
  • les Canonniers le portaient rouge.
  • les Timoniers affectaient l'aurore.
  • les Charpentiers, le cramoisi.
  • les Voiliers, le blanc.
  • les Armuriers, forgerons et chaudronniers, le noir, de la couleur sombre prémonitoire du jour de Waterloo ?
  • les Surnuméraires employés à la cambuse, collet de couleur jaune.

    Deux observations :

  • il n'est plus question dans cette description de cravate noire,
  • la distinction adoptée pour chaque bataillon fait disparaître les couleurs portées au collet pour caractériser les différentes "professions". Ceci explique l'apparition, dès 1809, des premiers insignes de spécialité.

    La Marine n'est pas en cause, mais signalons que, cédant aux protestations provoquées par cet uniforme, Napoléon modifie, en 1810, l'habillement des équipages.
    Et celà fut heureux, car ce nouvel habit n'eut sans doute aucun mal à être adapté à leur existence !!
    La première modification de l'uniforme des marins sous l'empire apparaît le 1er avril 1808 à la suite de la création des bataillons de la marine. (décret impérial sur la division en compagnies des bataillons de la marine, leur solde, uniforme et administration).

    Le paletot se transforme en gilet à manches en drap bleu, croisant sur la poitrine et très ample. Il permit ainsi au Matelot du Haut-Bord d'exécuter aisément toutes les manœuvres à bord. L'uniforme est également composé d'un pantalon de drap bleu et d'un autre en toile. Quant à la coiffure, elle demeure semblable.
    Le matelot de haut bord résulte de l'organisation mise en place par le décret du 11 septembre 1810 pour compter du 1er janvier 1811. La coiffure n'est plus le shako mais un chapeau rond uni portant le numéro de l'équipage avec cocarde sur le côté. Cependant compte tenu des stocks existants le shako ne sera supprimé que par la décision du 8 juillet 1811.

    À la Restauration, seule la dénomination Haut de Bord est supprimée, mais l'uniforme reste.
    L'idée ancienne de Canonnier Matelot revient dans les esprits, mais ne dure que peu de temps, suffisamment pourtant pour que le pauvre matelot soit coiffé d'un casque.

    - Pouvez vous le décrire ?
    Oui. J'ai entre les mains le descriptif de l'époque : " le casque est fait d'un feutre fort, en laine pur Médoc, fin, souple, léger et brillant. Il est garni à l'intérieur de la forme d'une basane couleur naturelle, faisant cuir-coiffe, terminée par une coulisse percée à jour, laquelle se serre par un lacet et fil noir plat ..."

    - Ouf, quel souffle !
    Attendez, ce n'est pas terminé. " À l'extérieur de la forme, il est entouré d'une courroie en cuir verni noir, sans boucle ni crochet.
    Le chapeau casque est orné d'une plaque de cuivre jaune sur laquelle le numéro de l'équipage est découpé à jour et d'une cocarde en métal blanc ..."
    Ce Champignon est en effet d'un très grand intérêt, car il est à l'origine de la casquette que nous portons. Celle-ci, apparaissant sous Louis XVIII, de couleur bleu, fut tout d'abord la coiffure de travail des matelots puis par la suite, dans le même but, des officiers pour devenir, transformée après de longues années, telle que nous la connaissons aujourd'hui.

    - Mais, vous ne m'avez toujours pas décrit l'uniforme de 1825.
    La couleur bleu marine semble s'être définitivement installée. Le matelot porte toujours le paletot orné cette fois-ci de (9) neuf boutons de cuivre ancrés et légendés "Équipages de Ligne", situés de part et d'autre de la poitrine, d'un col montant échancré et d'épaulettes ... Ceci en fait n'avait rien de maritime et ressemblait plutôt au costume de fantassin.

    - Et Charles X, le traditionaliste ?
    L'ordonnance du roi qui définit une nouvelle organisation du personnel militaire de la marine royale en équipages de ligne est rendue par : CHARLES par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre. (2 octobre 1825, annales maritimes 1825, page 567). L'ordonnance du 28 mai 1829 (toujours CHARLES X) remplace le chapeau-casque par un casque d'un nouveau modèle et une casquette qui ne comporte plus qu'une visière.

    - Mais Louis Philippe ...
    Avec l'aide de son Ministre de la Marine, il arrêtera un nouvel uniforme qui désormais, fera partie de la solde. Il est composé d'une courte veste bleue, aux larges revers, se boutonnant sur la chemise au col bleu pâle, d'un chapeau ciré noir en cuir bouilli.

    - Que vois-je ici ? Un bonnet dont la forme ne me paraît pas inconnue.
    Oui, c'est le nouveau bonnet de travail fait de paille ou de laine, terminé par une touffe bleue et garance.

    - Nous approchons à grands pas de l'uniforme actuel !
    Sans doute, mais nous devrons encore parcourir plus d'un siècle ...
    En effet, nous approchons de l'uniforme contemporain, mais avant d'être définitivement complet, il subira un certain nombre de transformations.

    - Je suis impatient de les connaître. Mais dites-moi, où en sommes nous arrivés en histoire politique ?
    - Révolution : Louis Philippe disparaît.

    - Élections : Louis Napoléon Bonaparte apparaît.

    - Coup d'État, Napoléon, troisième du nom, règne.


    - Bien, mais quels seront les apports impériaux de l'uniforme ?
    C'est en 1856 que Napoléon III réorganise les équipages et que les spécialités sont définitivement arrêtées. J'ai d'ailleurs retrouvé le texte du décret ...
    Le décret de 1856 organise les équipages de la flotte. Le texte fondamental en matière d'uniforme est en fait le règlement du 27 mars 1858.

    - De grâce ne m'en faites point lecture complète, résumez, car je sais déjà que cet uniforme est bleu et composé d'un paletot, d'une veste, d'un pantalon et d'un chapeau.
    Soit, mais votre description est bien sommaire. Sachez tout d'abord que le paletot est rendu plus gracieux et rappelle même par la disposition des revers, le devant de l'habit d'officier. D'autre part, il est plus ample et se boutonne à droite et à gauche par deux rangées de neuf gros boutons de cuivre. Le caban n'a que deux rangées de cinq boutons.

    - Quant au pantalon, je présume qu'il est à pont ?
    Oui, mais par dessus, le matelot porte au travail, un " pantalon de fatigue " en toile rousse et à " brayette ".

    - Ce qui me semble guère commode ...
    Je passe sur la vareuse et la chemise de laine et j'en arrive à l'innovation : la chemise de coton tricotée. " Le tricot se compose de fils de coton écru et de fils teints à l'indigo formant des raies alternatives blanches et bleues ".

    - Le matelot le porte toujours ?
    En effet, mais permettez-moi d'ajouter un détail :
    - les raies blanches ont 20 mm de large

    - les raies bleues 10 mm


    - C'est pousser là le détail un peu loin et, puisque détail il y a, quelle est l'infime transformation de notre cher bonnet ?
    Il est toujours bonnet de travail, mais en cette année 1858 il est orné à son pourtour de deux bandes de laine rouge garance, au centre de la couronne est cousue un houppette de fils de laine bleue et garance mélangés et repliés formant un gland ...

    - Bien, mais que vois-je ? Les grades se portent sur le bras ?
    Ce ne sont pas des grades mais des chevrons d'ancienneté. Les grades se portent sur l'avant bras, sont rouges pour le canonnage et la mousqueterie, et jaunes pour les autres spécialités.

    - Pour la coiffure de sortie ?
    C'est à cette époque qu'apparaît le légendaire et grand chapeau noir en feutre verni, aux deux rubans flottants, et pour l'été, le large chapeau de latanier.

    - Et cet uniforme ne subira-t-il pas de transformation durant l'Empire ?
    Non. La première datera de 1870, le 21 février. Elle concerne votre cher bonnet. Son pourtour inférieur ne comporte plus qu'une bande de laine rouge, sa houppette est entièrement faite de laine garance mais elle forme toujours un gland.
    La circulaire de 1870 mérite également d'être signalé car il prévoit pour le bonnet à la partie postérieure du tour de tête "... une fente de 45 millimètres de hauteur... 2 œillets en cuivre espacés l'un de l'autre de 20 mm destinés à recevoir un ruban de laine noir... servant à élargir ou à rétrécir l'entrée du bonnet."
    Une grande période s'annonce. Non, parce que la République encore chancelante s'installe, mais plutôt, tenez vous bien, parce que pour la première fois la brosse à dents est rendue réglementaire et doit être utilisée au moins une fois par semaine !

    - Cette pratique n'est plus obligatoire !
    Remarque se passant de commentaire, circulez y a rien à voir ! Parlons plutôt du bonnet qui ne cessera de défrayer la chronique vestimentaire. Pour l'instant, en 1872, les dimensions de la cuve, anciennement couronne, et le pourtour sont réduits, puis ce pourtour est garni d'un jonc afin de le rendre rigide. Il était bien sûr interdit de le déformer.
    En 1873, ce nouveau bonnet est orné d'un ruban qui, au lieu d'être noué à la partie postérieure de la tête, l'est sur le coté gauche, les deux bouts flottants devant être disposés de manière à tomber sur l'épaule.
    Conséquence, les approvisionnements à effectuer comprendront désormais deux types de ruban selon qu'ils sont destinés aux chapeaux ou aux bonnets.

    - Cela est original. En connaissez-vous l'explication ?
    Non, je l'ignore, mais à la suite d'une circulaire datant du 29 mai 1876, le paletot disparaît et le pantalon à " brayette " est remplacé par un pantalon à petit pont.
    La coiffure est à nouveau modifiée. Le feutre verni noir est supprimé et, pour la première fois, le bonnet dit de travail devient bonnet de sortie.
    À noter une date importante dans cette évolution : le 24 décembre 1891, les bouts du ruban légendé cessent d'être flottants sur le bonnet. Les ancres qui se trouvaient imprimées aux bouts des rubans sont désormais réunies, opposées par le diamant, sur la gauche de la coiffure sous la jugulaire.

    - Il ne mit guère que trente ans avant d'être officiellement agréé. Vous parlez de caban et de paletot; quelle en est la différence ?
    Le paletot était le manteau qui se portait par dessus tous les autres vêtements, une sorte de capote - le caban était et est toujours un petit pardessus se fermant par deux rangées de boutons.

    - Pour le jersey ?
    Il fait son apparition en 1895 ; en 1901 le bonnet cesse d'être en laine bleue tricotée et se confectionne en drap bleu foncé. Neuf ans plus tard, la chemise de toile est remplacée par un col amovible, et le bonnet prend sa forme définitive.

    - En fait, ce n'est qu'après la Grande Guerre que sera définitivement fixée la composition du sac du matelot. Avez-vous percé les mystères du costume du matelot ?
    Si l'on fait abstraction du texte de 1786 dont le caractère peu contraignant ne permet pas de dire qu'il définit réellement un sac du marin, on constate cependant qu'il y a toujours eu depuis la révolution des textes fixant la composition du sac du marin.
    Vous n'ignorez pas qu'un mystère est indéchiffrable et que nombreuses en sont les interprétations.

    Pourquoi les marins portent-ils un si grand col ?
    Si la véritable et authentique origine n'est pas éclaircie, voici tout de même ce que j'ai appris :
    - Cela remonte au temps où la mode permettait les cheveux longs, car après tout il n'y a guère plus d'un siècle que l'homme se coupe les cheveux si courts. Ainsi, j'ai trouvé une Ordonnance du Roy Louis XIV décrétant que " les cheveux du soldat devaient être attachés en catogan recouvert d'une corne noircie ".

    - D'une corne ?
    Oui, ce terme désigne l'extrémité du catogan durcie par du noir de fumée. Si cette manière de porter les cheveux pouvait paraître commode, elle présentait néanmoins quelque inconvénient, en l'occurrence : salir les cols du vêtement.

    - De toute façon, nul n'ignore que les cheveux longs graissent les vêtements.
    Oui, et il semble que cette interprétation soit la véritable, car nombreuses sont les légendes. J'ai également appris que le col aurait permis de rattraper plus facilement les hommes emportés par une lame, ou bien encore qu'il devait être suffisamment large pour recouvrir la tête et servir de capuchon ...

    - Voilà qui est fait pour le col, avez-vous quelque lumière sur le célèbre pompon rouge ?
    Et je me permets d'affirmer tout d'abord que son origine est la touffe d'arrêt des bonnets de laine tricotés. Après avoir été bleu et garance sous Louis Philippe, il est définitivement rouge depuis 1872. On peut lire pourtant dans une Ordonnance datant du règne de Louis XIV, la description de la coiffure des canonniers de la marine : " le chapeau sera rond, garni d'une cocarde blanche surmontée d'une houppe de laine de la couleur affectée à la Division ". Autre supposition encore, bien que douteuse, le pompon devait éviter de faire mal à la tête en amortissant les chocs.

    - Il est vrai que l'on se cogne souvent dans les bâtiments aux étroites coursives et aux plafonds bas.
    Il me fut également affirmé que sa couleur était due au minium. Les marins, gentes propres, passaient au minium la coque de leur navire et tachaient de rouge leur bonnet de travail ... le sourire est permis. Puis, avec non moins d'aplomb, l'on me désigna ce pompon rouge comme étant la troisième couleur de la République.

    - Ce qui est naturellement erroné puisque nos couleurs proviennent des tons Gueule et Azur des Armoiries de Paris. Ce fut La Fayette qui, le 14 juillet 1790, lors de la Fête de la Fédération y ajouta la cocarde royale blanche.
    Merci de cette précision tant ignorée.

    - Pourquoi un pantalon à pont ?
    Ce pantalon était commun à tous les militaires. Le devant n'offrant en effet aucune aspérité, il permettait d'éviter ainsi tout accident dans les voilures ou lors des manoeuvres.

    - Moi qui suis profane en la matière, avant de vous quitter, j'aimerais bien poser cette question : Ce costume a-t-il une raison d'être ?
    Naturellement. S'il n'a plus d'utilité pratique, son panache et sa tradition demeurent. Aucun pays ne l'a abandonné ; et pour terminer, cette comparaison :

    Le costume est une œuvre jamais achevée.


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