IV - CANONNIERS  de  la  MARINE

Le canon fut employé pour la première fois à bord des bateaux, en 1381, par les Vénitiens, dans une guerre contre les Génois. Les Anglais, quelques années plus tard, suivirent cet exemple dans la Manche, mais cela ne leur réussit pas. Néanmoins, l'usage du canon à bord se généralisa et eut pour résultat de donner aux bâtiments de guerre plus de puissance.
Quoique les Roys de France aient fait construire quelques navires afin d'avoir une flotte, la France, jusqu'au règne de Louis XII ne possédait qu'un très petit nombre de bâtiments de guerre. Pour y suppléer, ils louaient ou mobilisaient des navires de commerce.

Bataille navale Les équipages n'étaient pas militaires. Ce fut Richelieu qui, en 1626, leva le Régiment de la Marine, puis, afin de combler les pertes subies au cours des naufrages, créa en 1635 le régiment Royal - Vaisseau.
L'Artillerie de Marine n'existait pas encore mais, par Ordonnance du 16 avril 1689, furent créées deux Compagnies de Bombardiers, l'une pour Brest, l'autre pour Toulon.

- Comme si l'art de lancer des bombes requérait une dextérité particulière, il fallait donc former dans ce but des hommes de troupes. Comment étaient ils choisis ?
Les bombardiers de la marine, précurseurs des canonniers, furent d'abord choisis parmi les matelots des classes. Il est inutile de vous dire que leur instruction faisait l'objet des plus grands soins; ils étaient exercés au jet des bombes une fois par semaine ...

Canonnier

- Si je ne me trompe, ces troupes d'élite furent les premières à posséder un uniforme.
Uniforme qu'ils devaient eux mêmes payer. Vêtus de bleu et de rouge, les canonniers avaient fière allure.

- Sans doute, mais je présume qu'ils ne chargeaient pas les gueules des canons habillés ainsi ? Au fait, comment chargeait-on les canons à cette époque ?
On chargeait le mortier de la façon suivante :
- sur la charge de poudre, on jetait de la terre
- on plaçait ensuite la bombe dessus
- ensuite, on mettait le feu à la mèche

- le coup partait, ce qui faisait approximativement 50 livres projetées contre l'ennemi.

- J'ai appris d'autre part que les mortiers lançaient également des projectiles incendiaires nommées carcasses.
Cela est exact, mais il y avait également un autre procédé qui consistait à mettre le feu à un petit bâtiment et à le diriger vers les vaisseaux du camp adverse afin d'enflammer ses cordages et ses voiles, et surtout de faire sauter les soutes à poudre.
On nommait ces petits bâtiments les brûlots . Capitaine de brûlot correspondait même à un grade dans la Marine Royale.

- Vous parlez des Canonniers de la marine, des brûlots et des costumes ; cela est bien, mais pouvez vous définir exactement l'ensemble de l'Artillerie au XVII ème siècle ?

Voici le questionnaire sur lequel les officiers étaient interrogés. Vous verrez l'intérêt de cette pièce historique presque inconnue.

- N'est ce pas une instruction dressée au début du XVII ème siècle par le duc de Sully ?
Écoutez tout d'abord les réponses aux questions : ( en vieux François )
  1. Qu'est ce que l'Artillerie ?
    L'Artillerie est une machine de compte, de raison, poids et mesures et une invention admirable, tant pour attaquer l'ennemy que pour endommager l'assaillant.
  2. En quoi consiste principalement l'Artillerie ?
    Tout ce qui dépend de l'Artillerie est compris en trois chefs, à savoir en canons, poudres et boulets.
  3. De quelle manière sont composés les corps des pièces ?
    Le cuivre propre pour la fonte des pièces est la rosette, la meselle, le culot et métail de cloche.
  4. Quelle proportion doit-on garder pour l'alliement des métaux ?
    Faut mettre le tiers de rosette, le tiers de meselle et l'autre tiers de culot avec une cinquième partie de métail de cloche et, à faute dudit métal, l'on mettre dix livres d'estain sur cent livres de cuivre.
  5. Combien il y a de calibres royaux et en combien de parties se distinguent chaque pièce selon son épaisseur.
    Il y a six calibres royaux, à savoir :
    - canon, couleuvrine, bastarde, moyenne, faucon, fauconneau.
    Chacune de ces pièces se distinguent en trois parties :
    - la culasse qui a trois diamètres de la bouche, au tourillon un pied deux poulces et à la bouche dix poulces.
  6. Comment pouvez-vous voir si une pièce est bien fondue et s'il n'y a point de crevasse par dedans ?
    Je voudrois tourner la pièce contre les rayons du soleil, y tenant dedans un petit miroir ou un poignard bien poly qui donnant sa réverbération esclaiera toute la pièce et, en temps obscur, j'attacherois une petite bougie au bout d'un baston, laquelle mise en l'âme du canon me onstreroit les défauts s'il y en a.
  7. De quoy doit estre la lumière de la pièce et quelle forme aura-t-elle ?
    La lumière doit estre d'acier, la forme quarrée et le bas en queue d'yronde.
  8. De quel bois doit estre l'affust et le rouage ?
    Il doit estre d'orme et les entretoises de chesne et, pour la necessité on peut servir de noyer et de fresne.
  9. Combien faut il de chevaux pour mener chaque pièce de six calibres ?
    - 25 chevaux pour un canon.
    - 21 chevaux pour une couleuvrine.
    - 17 chevaux pour une bastarde.
    - 7 chevaux pour une moyenne.
    Les pièces ainsi atellées, chasque cheval ne tire pas plus de 300 livres, l'un portant l'autre.

  10. De quoy est composée la poudre et quelles proportions s'observent aux matières qui y entrent ?
    La poudre est composée de salpestre, soulphre et charbon ; et faut que ledit salpestre soit de trois cuites et que sur 7 livres d'ideluy il y soit mis 1 livre de soulphre et 5 quarterons de charbon pour le titre du Roy.
  11. Comment voulez vous recognoistre si la poudre est bonne ?
    J'en prendois quelque peu et en mettrois le feu, si elle monte subitement sans beaucoup de fumée et avec une flamme claire sans laisser marque sur place, c'est signe qu'elle est bonne et forte.
    Mais, si elle monte avec une épaisse nuée et laisse la place marquée de quelque reste, c'est signe qu'il y a du défault et qu'elle n'est trop bonne.
    Si ce qui demeuroroit est humide, blanchastre retirant sur le bleu, c'est signe que le soulphre n'est assez purifié, s'il y demeure quelque grains couleur de terre, c'est signe qu'il n'est bien moulu.
    Si les grains sont blanchastres, c'est signe que le salpestre a trop de sel et n'est assez purifié. S'il y a quelque reste rougeastre ou tanné, c'est signe que le charbon n'est pas esté bien preparé.
    J'en ferois aussi espreuve sans feu, la couleur n'estant trop noire ny obscure, ainsi tendant quelque peu sur le rouge. On l'a tiendra pour bonne, si la prenant en la main elle ne s'y laisse froisser et ne s'y attache ainsi résiste avec un petit bruit et craquetant.

  12. Est il nécessaire que toute les poudres et munitions soient dans un seul parc ou magasin ?
    Non, d'autant plus qu'il s'est vu plusieurs fois des grands accidents dans les magasins, ainsi estant en plusieurs lieux un accident arrivant, il ne perd le tout : sur tout ne faut souffrir aucun fer ny caillous où sont les poudres.
  13. Quel diamètre doit avoir chaque boulet des six calibres ?
    - Le boulet à canon, 6 poulces ;
    - celuy à couleuvrine, 4 poulces 8 lignes ;
    - et pour la bastarde, 3 poulces 6 lignes.
    Et ainsi des autres donnant toujours quelques lignes pour le vent.

  14. Quelles choses sont nécessaires pour mettre une pièce en batterie et l'exécuter en diligence ?
    Il faut un commissaire ordinaire et un extraordinaire, un pointeur, 4 canonniers, 12 pionniers ou soldats pour la mettre en batterie.
    Des gabions pour se loger, quantité de facines au dessus d'iceux pour se couvrir, du bois pour faire les plates-formes, des clayes pour mettre au recul, la lanterne, le refouloir, l'escouvillon, quantité de poudre et boulets pour charger icelle, du fourrage, des fronteaux de mire, les fronteaux de pointe, les portières, les genouillers, les coins de mire, leviers et un tonneau plein d'eau pour le rafraischir.

  15. Combien de coup en douze heures peut tirer une pièce ?
    Un Canon, 100 coups - La Couleuvrine, 120 - La Bastarde, 140 - La Moyenne,160 - Le Faucon, 200 - Le Fauconneau, 250.
  16. Les pièces rudes sont elles moins justes que les autres ?
    Non, si la pièce est bien fondue car il est probable que le boulet est déjà hors avant que la pièce commence à faire son recul, autrement il seroit impossible de faire un coup juste, car il n'y a point de pièce qui ne se décline à droite ou à gauche, haut ou bas, lors qu'on vient à l'exécuter. Or, si le boulet n'estoit en l'air avant cette déclination, l'on ne rencontreroit jamais le poinct, non pas seulement en approcher de plusieurs centaines de pas.
  17. Combien faudrait il de pièces de canon en une armée de 40000 hommes ?
    C'est assez de trente pièces de canon, savoir :
    - 12 canons - 6 couleuvrines - 4 bastardes - 4 moyennes - 4 faucons et fauconneaux -
    toutes lesquelles pièces peuvent servir en une armée, tant en batterie qu'en la campagne et assiéger toutes sortes de places.

  18. Quelles pièces font le plus d'effet, celles qui sont en la campagne, en batterie ou celles qui sont en haut des tours ou murailles d'une ville ?
    Celles qui sont en batterie en la campagne, d'autant que la poudre a plus de force de bas en haut, que de haut en bas et offencera plus les assiégés en leurs murailles que leurs pièces ne sauraient faire les assaillants.
  19. Combien au deffaut de terre voudriez-vous faire une batterie ?
    Je voudrois prendre des sacs de laine ayant 17 pieds de longueure et, pour résister au canon je mettrois trois en largeur qui feront espaule de 21 pieds et ferois que les deux extrémités seroient plus courts que celuy de dedans pour donner ouvertures aux ambrasures, afin de que le souffle ne les endommageast.
  20. Un boulet tiré d'un canon ordinaire donnant dans une caque de poudre y mettra-t-il le feu ?
    Non, si ce n'est qu'il y ait de l'artifice ou que le boulet rencontre du fer ou des pierres.
  21. Quelle pièce tire le plus loing, le canon ou la couleuvrine, estant en pleine volée ?
    La couleuvrine a cause de sa longueur, outre on luy peut donner plus de chasse de poudre qu'au canon.
  22. Pour tirer de terre en mer contre les vaisseaux, quelles pièces sont les plus propres ?
    Le canon. La raison est que le canon estant plus court et plus gros, il peut mettre en batterie plus asseurement et le boulet pesant a le vol plus asseuré sans que le vent ny l'humidité de l'eau le puisse empescher ny retenir.
  23. Quel des deux faicts son tir d'un canon tiré en terre sur l'eau ou celuy de l'eau sur terre ?
    Celuy de l'eau tiré sur terre fera son tir plus loing de 500 pas et la raison est que le boulet tiré de l'eau en terre cherche un repos naturel, mais que celuy qui est tiré de terre en l'eau est contraint de combattre avec deux éléments, l'air qui le retient à toute force et l'humidité qui l'appesantit pour le faire baisser : l'expérience en est certaine d'autant qu'en basse marée les tirs se font plus loings qu'en haute marée.
  24. D'où vient que toute la charge de la poudre ne se consomme pas si tost en une pièce qu'en l'autre ?
    En quelque pièce que ce soit, la poudre se consomme toute si elle est bonne et que la pièce soit bien chargée et refoulée ; ce qui fait que l'on en trouve quelquefois devant la bouche des pièces est quelle n'est pas bien refoulée ou que celuy qui y met le fourrage n'y met pas assez et qu'il en reste le long de la pièce que le fourrage rechasse.

Canon Il est vrai que l'on ne peut s'empêcher de reconnaître, en lisant ce questionnaire que si les connaissances théoriques des artilleurs du temps de Louis XIII étaient bien imparfaites, en revanche, la pratique des bouches à feu était singulièrement avancée.

De ce dialogue dont nous gardons la saveur, il est de notre intérêt d'examiner les différents Édits qui établirent l'organisation des compagnies créées au cours des années.

- Nous avions déjà parlé, si je ne me trompe, de l'Ordonnance du 16 février 1692 créant l'artillerie de la Marine, dont l'effectif était d'ailleurs très restreint.
Oui, mais le 09 mars 1706, une Édit Royal fixait l'assimilation des grades de l'Artillerie de la Marine à ceux de l'Artillerie de la Terre.

- Ce qui produisit sans doute un magnifique tollé de la part des marins, du moins des Artilleurs de la Marine.
Pas tout à fait car, à cette époque, les Officiers du Département de la Marine se partageaient en deux catégories désignées l'une et l'autre sous les noms de Grand État et de Petit État .
Les Officiers de vaisseau formaient le Grand État, tandis que ceux qui appartenaient à l'Artillerie, aux Frégates, aux Brûlots et aux Flûtes, formaient le Petit État.
La différenciation était grande, le grand État recrutait chez les Gardes Marines , compagnies de jeunes soldats gentilshommes, mais aussi chez les Officiers du Petit État qui se faisaient remarquer par leurs qualités exceptionnelles.

- C'était une inégalité profonde !
Supprimée en 1741. Voici une anecdote de l'époque expliquant la suppression de cette distinction.
" Un Officier d'Artillerie qui, après avoir servi dans celle de la Terre voulait entrer dans celle de la Marine parce que son père en était Intendant à Brest, s'ennuya d'un établissement qui le mettait toujours sous les ordres de tout officier d'un grade égal au sien ; il obtint d'abord que la moitié des Capitaines d'Artillerie roulerait avec les Capitaines de Vaisseau, ensuite, que les Lieutenants d'Artillerie avec ceux de Vaisseau.
La première disposition était aléatoire, elle ne subsista pas longtemps. On fit rouler ensemble Capitaines, Lieutenants et Enseigne de Vaisseau avec ceux d'Artillerie, de sorte que le corps d'Artillerie fut supprimé quoique l'on vit sur des listes des Officiers destinés à l'Artillerie."

- Cette anecdote est tirée des Mémoires sur l'Administration de la Marine de: de Bory. Mais je vois là un document qui me surprend !
Est-ce le décret de Choiseul sur les Départements de la Guerre et de la Marine ?

- Choiseul, à la fois Ministre de la Guerre et de la Marine aurait réuni et fait fusionner complètement les deux Départements en 1756.
En réalité c'est la Guerre qui absorba la Marine et le plus curieux c'est que cette décision fut prise à la suite d'un mémoire proposé par un Officier de Vaisseau ...

- Ainsi nous assistons aux créations et suppressions successives du Corps Royal d'Artillerie et d'Infanterie de Marine en 1769, puis au Corps Royal de la Marine en 1772 qui ne vivra que deux années ...
Car, par Ordonnance du 26 décembre 1774, le Ministre Sartine revint à l'organisation de 1692 et, peu à peu, l'organisation de l'Artillerie s'affirma. En 1786 une Ordonnance créait le Corps Royal des Canonniers de la Marine .

Canonnier 1774 - En connaissez vous le costume ?
J'ai l'Ordonnance sous les yeux et je vais vous en donner lecture :

" De par le Roy - sa Majesté jugeant utile à son service de donner aux Troupes de sa Marine une nouvelle composition qui réunisse le service du matelot à celui du canonnier, Elle a ordonné et ordonne ce qui suit ..."

Voici maintenant la description du costume :
- Il est composé d'un habit veste de drap bleu-roi, aux revers et parements rouges, le collet est de la couleur affectée à l'escadre à laquelle il appartient.
- Il porte en outre un gilet à la matelote, sans manches, puis une culotte longue de drap bleu descendant jusqu'au dessus du mollet légèrement recouvert des hauts du brodequin lacé sur le côté extérieur.
- N'oublions pas la redingote et enfin le chapeau rond garni d'une cocarde blanche surmontée d'une houppe de laine de la couleur affectée à la livraison ...

- Cette uniforme sera modifiée quelques années plus tard, lors de la Révolution.
Avant de vous décrire l'uniforme de la Révolution, je vous annonce tout d'abord la suppression des canonniers de la Marine.

Porte Etendard

- Suppression qui en fait n'existe que sur le papier ...
En effet, car les effectifs des canonniers matelots avaient été réduits en janvier 1789 ; le 14 juin 1792, un Décret adopté par l'Assemblée Nationale annonçait leur dissolution.

- Sans doute, mais pour les remplacer par deux Régiments d'Artillerie. Où était versé l'excédent de personnel ?
Dans l'Infanterie de Marine. Le Gouvernement de la révolution avait grand besoin d'homme et nulle part il n'y avait trop de places. A tel point qu'en 1794, contrairement à ce dernier précepte, les régiments de Marine étaient supprimés et versés au Département de la Guerre.

- Le régime de la Terreur avait sans doute vu un danger pour son Gouvernement dans les Garnisons permanentes.
Voici d'ailleurs ce que disait à ce sujet l'Amiral Kerguélen dans ses observations sur les premières années de la Révolution Française :
" Les agents de Robespierre établirent un tribunal révolutionnaire à Brest et, pour pouvoir égorger avec plus de facilité, on éloigna les troupes de la marine que l'on supposait attachées aux Brestois, pour leur substituer des troupes révolutionnaires.
Cette cruelle précaution priva la Marine de ses meilleurs canonniers qui furent envoyés en Vendée où il ne fallait que des baïonnettes. Et l'on substitua aux bons canonniers des vaisseaux, des paysans de réquisition ..."
Laissez moi lire le Décret du 28 janvier 1794 :
  1. Les régiments de la Marine sont supprimés et les corps qui en ont porté le nom jusqu'à présent, seront à l'avenir sur le même pied et sous le même régime que les autres bataillons de volontaires nationaux.
  2. Les garnisons des places maritimes ne seront plus permanentes, le Ministre de la Guerre est autorisé à les changer aussi souvent que les circonstances l'exigeront.
  3. Il sera pris dans les bataillons de volontaires nationaux indistinctement, d'après une délibération du conseil exécutif, la garnison des vaisseaux conformément à l'usage établi à cet égard.
  4. Les détachements embarqués à bord des vaisseaux seront exercés au canonnage et rempliront pendant la campagne les fonctions de canonniers.
Mais finalement au cours des années, les impératifs de cette spécialité lui rendirent de fait son autonomie. Dans les Arrêtés de décembre 1800 et de février 1801 , il est bien spécifié que les troupes d'Artillerie de la Marine  devaient se recruter comme celles du Département de la Guerre par la voie de la conscription et par les enrôlements volontaires ...
Ce mode de recrutement fut d'ailleurs taxé de vicieux et préjudiciable à l'excellence de l'institution des troupes par Malaize qui écrivait :
" Il fut versé par ce mode vicieux de recrutement, un vernis de défaveur très préjudiciable à ces troupes, en introduisant une foule de mauvais sujets indisciplinés dont les conseils de guerre firent, du reste, prompte et sévère justice, et ce qui resta après épuration laborieuse laissa un riche fond en sous officiers et en canonniers, qui étaient autant marins qu'artilleurs parce que tout l'avancement, tant au corps qu'à bord des bâtiments de guerre, ne s'obtenait qu'après un temps limite de navigation."

- Savez vous que vous ne m'avez toujours pas décrit l'uniforme de canonnier révolutionnaire ?
Naturellement puisqu'il n'y avait plus de canonnier !  En fait, les Artilleurs ( ainsi nommés ) étaient vêtus de bleu et de rouge. Ils portaient une redingote bleue agrémentée de parements et cols rouges et ils étaient coiffés du chapeau à bords relevés, célèbres depuis Valmy et ancêtre de notre bicorne.

- Ainsi le Corps des Canonniers de la Marine n'existe plus !
Les canonniers font désormais partie du Corps de l'Artillerie de Marine, dont l'organisation définitive ne sera jamais entièrement arrêtée.

- Ceci est une chose tout à fait normale, on ne peut vivre sans une réorganisation constante.
Mais avant de nous quitter, je ne peux résister à vous donner lecture du mémoire d'un Capitaine d'Artillerie qui prescrivait en 1797 :
" qu'aucun Officier d'Artillerie n'embarquera à bord des vaisseaux qu'après un examen satisfaisant sur les matières suivantes :
- l'écriture - les quatre règles de l'arithmétique - l'école de la manoeuvre de toutes les bouches à feu avec la nomenclature de toutes les parties du canon - de toutes les pièces composant l'affût, son gréement, son armement - ensuite tous les objets nécessaires à l'armement des bâtiments - tous les moyens de monter et démonter une pièce, sans le secours de la chèvre - la portée des calibres - la composition des lances à feu et de fusées pour les signaux de nuit. "

- Cette mesure était indispensable à la suite de l'introduction dans l'Artillerie de la Marine d'officiers qui n'étaient rien moins qu'artilleurs.
Prenez l'exemple de cet officier qui avait pris part aux combats de rues de 1789 ( ceux de la Bastille et du 10 août, où il fut chaque fois blessé ) , et qui fut nommé en récompense de ces hauts services, Lieutenant d'Artillerie de Marine ...

- Ce Lieutenant nommé Benaul ne put être employé qu'en qualité de recruteur.
Le Corps des Canonniers revit le jour quelques mois après l'abdication de l'Empereur. Louis XVIII, par une décision du 1er juillet 1814, non sans avoir remis à la Marine les Régiments d'Artillerie, crée le Corps Royal des Canonniers de la Marine.
Voici l'éloge prononcé par le Roy à cette occasion :
" Nous étant fait rendre compte de ce qui concerne les troupes de la marine, nous avons reconnu que les Régiments d'Artillerie de ce Département avaient été appelés en 1813, à concourir aux opérations de l'Armée de Terre ; nous avons vu avec satisfaction que ce corps, quoique distrait de sa destination ordinaire, ne s'en était pas moins distingué, dans toutes les occasions, par sa bravoure et sa discipline."
En application des dispositions de l'Ordonnance du 21 février 1816, un Corps Royal d'Artillerie de la Marine était créé le 1er avril de la même année.
Ce nouveau corps remplaçait désormais celui des Canonniers de la Marine et était spécialement affecté au service de la Marine et à celui des colonies.

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