SAINT-ÉNOGAT - SANT ENOGAD


La paroisse de Saint-Énogat, dédiée à saint Énogat, évêque d'Aleth vers le début du VIIème siècle, était jusqu'en 1858 le centre de la commune actuelle de Dinard. Saint-Énogat est un démembrement de la paroisse primitive de Pleurtuit et dépendait jadis de l'ancien évêché de Saint-Malo.

Les Acta Sanctorum (Bollandistes) prétendent que "Saint Énogat était le cinquième successeur de saint Malo : il fut sacré au commencement de l'année 628, sous le règne d'Hoël III et le pontificat d'Honorius Ier, il mourut le 13 janvier 631. Il existe, près de Dinan, une paroisse qui porte son nom" et l'article qui lui est consacré se termine par cette phrase "Nihil de eo aliud comperimus" (Nous ne savons rien de plus à son sujet).

La paroisse de Saint-Énogat, dit l'abbé Guillotin de Corson, "est l'une l'une des plus anciennes du diocèse de Saint-Malo, et elle devait exister déjà lorsque ce diocèse portait encore le nom d'Aleth (saint Jean de la Grille transféra le siège épiscopal d'Aleth à Saint-Malo en 1141) ....".

Le territoire paroissial de Saint-Énogat, proprement dit, "était assez important et comprenait celui des deux paroisses actuelles, outre l'église paroissiale dédiée à saint Énogat, il renfermait la chapelle frairienne de saint Alexandre, la chapelle priorale de Dinard et plusieurs chapelles domestiques comme celles des manoirs de la Vicomté et de la Ville-ès-Mesniers" (Guillotin de Corson).

Dinard a pris la place de l'ancienne paroisse de Saint-Énogat et n'était avant la Révolution qu'un simple village de pêcheurs dépendant du bourg de Saint-Énogat. Le village de Saint-Alexandre date d'avant le XVIème siècle. On y trouvait autrefois une chapelle, dédiée à saint Alexandre, détruite plus reconstruite en 1738.
Avant 1789, la paroisse de Saint-Énogat était chef-lieu du doyenné de Poudouvre (du Breton Poudour: pagus aquarum, pays des eaux).
Ce doyenné comprenait jadis tout "le pays renfermé entre la Rance et l'Arguenon, borné au Nord par la mer et au Sud par la forêt centrale de Bretagne Brécilen", c'est-à-dire 24 paroisses et trois trèves (Saint-Énogat chef-lieu du doyenné, Bourseul, Corseul et l'Abbaye, sa trève, Créhen, Lancieux, Langrolay, Plélan-le-Petit et Saint-Michel sa trève, Pleslin, Le Plessix-Balisson, Pleurtuit, Plorec et Le Lescouët sa trève, Ploubalay, Plouer, Quévert, Saint-Briac, Saint-Lunaire, Saint-Malo-de-Dinan, Saint-Mandé, Taden, Trégon, Trélivan, Trémereuc, Trigavou et Vildé-Guingalan).
Poudouvre était non seulement un territoire ecclésiastique érigé en doyenné, mais aussi une circonscription féodale ou un fief portant le titre de Vicomté. Ce fief remontait au XIème siècle et s'est fondue au milieu du XIIIème siècle dans le comté de Penthièvre. Il semble que la Vicomté de Poudouvre ait été démembrée au XIIIème siècle. Il en sortit entre autres seigneuries, celles de la Bellière, du Plessix-Ballison et de Saint-Énogat.
Cette dernière, formée de quelques paroisses dont Saint-Énogat, Corseul et Pleurtuit, est incorporée très vite dans la châtellenie de Plancoët, dont le château se trouvait sur le bord de l'Arguenon. Plancoët appartient au XIIIème siècle à Marguerite de Dinan qui épouse d'abord Guy, sir de l'Argentaye, puis veuve elle se remarie vers 1232 à Juhel de Montfort dont elle a deux fils, Geoffroy et Olivier de Montfort qui sont les fondateurs du prieuré de Dinard en Saint-Énogat.

Le premier château de Dinard cité dans le Roman d'Aquin (manuscrit qui provient du couvent des Récollets de Cézembre, et qui est conservé à la Bibliothèque Nationale, fonds Français 2233) au XIIème siècle, semble avoir été édifié au lieu-dit le Moulinet : on voyait encore au XVIIème siècle son emplacement et un colombier. C'est aussi là qu'est construit à la fin du XVIIème siècle ou au commencement du XVIIIème siècle un fort plus moderne, abandonné et détruit par la suite. Ce château était, semble-t-il, le chef-lieu de la châtellenie de Saint-Énogat qui avait un droit de haute justice sur un certain nombre de fiefs et relevait directement du Roi "en sa cours de Rennes".
Les seigneurs de Saint-Énogat avaient droits de "bouteillage, coustumes et trépas au port de Dinard". Vers 1180, Raoul de Moston, chevalier d'Olivier de Tinténiac reçoit de ce seigneur, sa dîme de Dinard "suam diciman de Dinard", et il la donne en aumône perpétuelle aux Cisterciens de l'Abbaye de la Vieuville, près de Dol, qui lèvent encore ce trait de dîme à Dinard en 1682.
La seigneurie de Dinard passe par alliance vers 1232 de la famille de Dinan à la famille de Montfort, puis à la famille du Guesclin seigneur du Plessis-Bertrand, en 1346 (suite au mariage de Jeanne de Montfort avec Pierre du Guesclin), à la famille de Tournemine seigneurs de la Hunaudaye, vers 1389 (suite au mariage de Typhaine du Guesclin avec Pierre de Tournemine) qui vend en 1417 au duc Jean V "ville, chastel et mottes de Plancoët, de Saint-Énogat et de la Motte-aux-Montfortins (en Pleurtuit, motte féodale des sires de Montfort-Plancoët) ô leurs fonds, appartenances et dépendances".
Ce dernier la cède le 24 octobre 1420 à Robert de Dinan baron de Châteaubriant. Sa nièce et héritière Françoise de Dinan, d'abord fiancée à Gilles de Bretagne et qui avait épousé Guy XIV, comte de Laval, donne ses terres à son fils François de Laval, sire de Montafilan. Marié à Françoise de Tournemine, il meurt en 1524 sans laisser d'enfants.
La Châtellenie de Saint-Énogat est ensuite distraite de Plancoët et elle même divisée : le grand baillage noble de Saint-Énogat, sa cour de justice, ses douze fiefs sont vendus à la famille du Breil de Plumaugat et finit par être uni à la Châtellenie de Pontual en Saint-Lunaire. La Châtellenie de Saint-Énogat proprement dite, va demeurer indépendante de Pontual.
Au début du XVIIème siècle, elle appartient à Jean d'Avaugour (époux de Marguerite d'Illiers), seigneur du Bois de la Motte et du Guildo. François Ladvocat, seigneur de la Crochaye et Françoise du Breil, son épouse, achètent la terre seigneuriale de Saint-Énogat le 2 juin 1634 et la famille va la posséder jusqu'en 1789 (date de la Révolution). François Ladvocat, fils des précédents épouse Peronnelle du Dresnay. De leur union va naître Jean Ladvocat, époux de Claudine du Breil, qui rend aveu au roi en 1678 pour la châtellenie de Saint-Énogat et meurt le 18 décembre 1714. René, son fils qui porte les titres de Vicomte de Dinan et de Chevalier de Saint-Lazare, rend aveu pour Saint-Énogat en 1715 et en 1729. Il décède à la Crochaye le 16 mai 1743 en laissant deux fils dont Jean (époux de Marie Durand), qui rend aveu pour Saint-Énogat en 1744 et décède sans postérité, et François Xavier (époux de Marie Rose Chrestien de Tréveneuc), qui rend aveu de Saint-Énogat en 1757. Claude Ladvocat, fils de ce dernier et époux d'Elisabeth Roussel, est le dernier seigneur de Saint-Énogat.

Suite au changement du centre paroissial (du bourg de Saint-Énogat vers Dinard), la paroisse continue à s'appeler Saint-Énogat jusqu'en 1867, malgré les actes officiels qui pour désigner la nouvelle église, parlent de l'église de Dinard bien que la commune n'ait pas changé de nom.
En 1868, elle se nomme Dinard-en-Saint-Énogat. La paroisse de Saint-Énogat est recréée en 1867 (sous l'apostolat de l'abbé Péan, curé de la paroisse). En effet un décret impérial daté du 19 juin 1867 érige Saint-Énogat en succursale distincte de Dinard et l'ordonnance épiscopale du 27 juin 1867 crée la nouvelle paroisse. Celle-ci est alors composée du Bourg de Saint-Énogat et des villages suivant : les Corbières, la Croix-Jarret, le Verger, la Cour, le Moulin-de-Perdriel, la Haute-Vallée, le Rocher, Pival, le Villiou et la Ville-es-Mets.
L'abbé Jean Henri Langevin est nommé premier recteur de la nouvelle paroisse le 27 juin 1867.



Note 1 : le village de Saint-Alexandre est incendié par les Anglais en septembre 1758, lors de leur descente à Saint-Briac.

Note 2 : liste non exhaustive des recteurs de l'ancienne paroisse de Saint-Énogat (doyens de Poudouvre) :
Jean Le Boursier (en 1555), Jean Le Laboureur qui démissionne en 1584, Bertrand Even (le 27 mars 1584 et démissionne en 1585), Richard de La Motte (en 1585), André Barbe (qui démissionne en 1586), Louis Béard (le 18 juin 1586), Laurent Latruitte (de 1616 à 1637), Jacques Nouvel (en 1647, démissionne en 1675, inhumé le 13 décembre 1678), Yves Nouvel (neveu du précédent, 20 octobre 1675, meurt le 3 juin 1725), Jean Gratien, Larcher du Boisduloup (recteur de Combourg, nommé le 25 juin 1725, démissionne le 2 juillet et reste à Combourg), Gilles du Chesne, sieur des Noyers (le 3 juillet 1725, meurt le 22 mai 1771), Guillaume Joseph Le Moyne (le 5 novembre 1771, refuse le serment constitutionnel et meurt à Jersey le 24 juillet 1793), Charles Méquet (d'août 1803 à octobre 1838), Paul Le Graverend (d'octobre 1838 au 27 janvier 1860), François Péan (d'avril 1860 au 23 décembre 1884). Les curés de la commune de Dinard sont : Isidor Beloin (de 1885 à 1900), Augustin Blanchet (de 1900 à 1914), Louis Lorin (de 1914 à 1920), François Cotel (de 1920 à 1944), Charles Le Peltier (de 1944 à 1957), Maurice Helbert (de 1957 à 1961), Fernand Rivet (de 1961 à 1965), Pierre Guillouet (à partir de 1965), ....
Note 3 : Liste non exhaustive des recteurs de la nouvelle paroisse de Saint-Énogat:
Jean Henri Langevin (à partir du 27 juin 1867 et jusqu'au 13 février 1892), Pierre Dupuy (de 1892 à 1907), Guillaume Dupuy (de 1907 à 1921), Pierre Richeux (de 1921 à 1924), Eugène Larcher (de 1924 à 1929), Carillet (de 1929 à 1933), Joseph Van Costenobel (de mars 1933 à octobre 1953, il est nommé chanoine le 22 novembre 1951), Auguste Lebrisse (à partir de 1953), .....
Note 4 : Il y a lieu de mentionner aussi les vicaires de la nouvelle paroisse de Saint-Énogat :
Hativel, Saubost, Gueulé, Guesdon, Thébault, Hamelin, Besnier, Dagorn, Fauvel, Fontaine, Pinault, Jumel, Chenu, Robin, Poupart, Vezie, Berthelot, Juhel, Lecoq, Millet, Testard, ....
La paroisse de Saint-Énogat est à diverses reprises visitée par l'Évêque du diocèse :
le 5 septembre 1616, le 9 septembre 1620, le 22 septembre 1621, le 3 août 1623, le 15 juin 1629, le 29 juin 1633, ... et plus tard en 1721.
Les autres visites ne sont pas consignées sur les registres, sauf celle du 30 juin 1778.


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